[SON007] Tra Nguis / Naqqa

Tunis, 2019

Flow nasillard, textes acerbes et des métaphores en veux-tu en voilà… Naqqa ne fait pas dans la demi-mesure dans la plupart de ses morceaux et spécialement dans ce « freestyle ».

Ce rappeur de Cité Ettadhamon (un des ghettos les plus surpeuplés de Tunis, surnommé la Chine populaire) nous gratifie dans Tra Nguis d’un tableau riche en images. Cette écriture hyper descriptive est même devenue sa marque de fabrique.

Naqqa sait plonger son auditoire dans des scènes de la vie d’un jeune tunisien avec des mises en situation et un choix de mots très pointu. Dans Tra Nguis, en cinq mots il place l’auditeur dans un braquage (« 7ouma bracagét, hét tra nguis« ) où le braqueur demande au braqué de lui donner sa casquette, sa veste ou ses baskets pour voir si ça lui va, comme dans une cabine d’essayage, sauf que c’est dans la rue que ça se passe. Scène classique dans son quartier comme il le répète dans ce morceau.

Le thème du banditisme est mis en avant avec un sens accru du détail et de l’état d’esprit du personnage / rappeur. Tout cela est agrémenté d’un vocabulaire de la rue tunisienne difficile à déchiffrer même pour les tunisophones aguerris. « Dima m7anntin » (toujours momifiés), « dima m3awwej ki slash » (toujours incliné comme un slash), « mo55 mhawwi » (cerveau bien aéré)… sont toutes des expressions qui font référence à la surconsommation de cannabis et à l’inspiration débordante en termes de lyrics.

Naqqa abuse ici de métaphores. Exemple: son cerveau aéré comme une moto sans carénage, signe distinctif de plusieurs jeunes de quartiers tunisiens adeptes des scooters modifiés.

Par ailleurs, il y a la répétition de « El baga daret douret darna » (jeu de mots avec le verbe « daret » qui veut dire tourner, « douret », virage et « darna », notre maison) qui installe un sentiment d’alerte qui va en crescendo. La fourgonnette tourne au coin de sa rue, faut se bouger.

Toutes ces expressions et punchlines dressent minutieusement un tableau de sa cité et de ce qui s’y passe au quotidien en réussissant à transmettre un sentiment de fierté, de courage mais aussi d’angoisse.

Punchlines préférées

  • [« Fanneyya tsawwer fina, nposiw cheese, Nice pic, Markini féha »]
    La police les prend en photo, mais pour montrer que ça ne les intimide pas, bien au contraire, ils font la pose et CHEESE comme sur les photos avec les potes, en plus du compliment (« nice pic ») et de la demande en prime de le marquer dessus (comme on marque quelqu’un sur une photo postée sur Facebook). Un affront clair et net à la police
  • [« Mo55 mhawwi t9oulech Hayabusa, Blech carénage »]
    Une moto Hayabusa sans carénage c’est hyper aérée… on peut dire de même pour son cerveau
  • [« Mo55i ya7ra9 w ménich met’hanni bech na3mel el kerch »]
    En Tunisie on dit que le gros bide est signe de confort et de manque de soucis (« met’hanni »). Pour Naqqa, impossible d’avoir du bide tellement son cerveau surchauffe.

Tentative de traduction des paroles

تشوف الخوف في وجوههم تقول راو ابليس
حومة براكاجات هات ترا نقيس
نظافة juste look تلف تبهنيس
فنّية تصوّر فينا نپوزيو تشيز
نايس pic ماركيني فيها
حي التضامن حومتي نسيركيلي فيها
الحاجة لي تعجبنا إنّيكوهم فيها
عربدة و تشنيج تلف كنية و تربيج
ڨونة ظلام و ترويج
و ديما محنّطين
حاكم و طحّانة وجوهنا عابدين
صڨاص يتعدى يسلّم شفمّا شعاملين
تلف ديما عماء عينين، طف ومية عليه العين
Niggaz know and now we know we are not alone

نهج الدار ظلام عينيك ما تراش الضو
صبابة تتسبّب تصب أكثر منا و سيّبونا نسربيو زباينا right now
Five side killer
I’m on the game و إنت كمّل الكمالة
حمص زبيب و بندق موتوا الكل شيلا بيلا
حتّى بجرد كارابيلة تيتر نكملو في ليلة
تك تك ما يبطاش
ربيّع ساعة بالمنڨالة
رك تك بالياطاش
المخ مهوّي تقولش Hayabusa
بلاش كاريناج
ديما موحّل بوڨرطاس
صوارخ فڥ كيما Crash
ديما شايخ ما نصحاش
ديما معوّج كي الslash
بلّي تنيّك ماكش real gangsta كيما البشّاش
ما تخراش فيه عاد ما توحلش
نظيّف أمّا راو في زك الجلسة ما نوخّرش
ديما عصبة ليها كي الsemi لي ما تزمّرش
مخّي يحرق و مانيش متهنّي باش نعمل الكرش
حتّى كان مريض ماخو هواء ما نشدّش الفرش
حتّى ما تفهمش راپ الله خير ما تتخمّرش
الباڨة دارت دورة دارنا 
تشوف الخوف في وجوههم تقول راو ابليس
حومة براكاجات هات ترا نڨيس
  نظافة juste look تلف تبهنيس  
فنّية تصوّر فينا نپوزيو تشيز
جوجو فانتا و نحلّي بbrownies
نحكي فيها كيف ما هي no vice
جبورة يحبّوا زبّي معاهم no peace
لعنة الله عليهم و على إبليس النزيس

Skuuuurrrr

Tu vois la peur dans leurs yeux, on dirait ils ont vu Iblis (le diable)
Dans le quartier des bracages, fais voir que j’essaie
La propreté, juste dans le look, on joue le jeu
La police technique nous prend en photo, on fait la pose CHEESE
Nice pic, marque-moi dessus
Cité Ettadhamon, mon quartier c’est là où je circule
Tout ce qui nous plaît, on le leur arrache
Folie destructrice, énervement, égarement, pseudos et surnoms
Gouna obscure et trafic (« gouna » mot péjoratif pour désigner un local où on s’adonne à des activités illicites, prostitution, drogues, etc.)
On est toujours mhanntin (litt. « momifiés » en argot tunisien on qualifie de momifié quelqu’un de très défoncé)
Police et enfoirés nous traquent en permanence
L’indic passe et demande ce qu’il y a, ce qu’on fait
On l’égare, l’aveugle mais on garde un oeil sur lui
Niggaz know and now we know we are not alone

La rue de chez moi est sombre, tes yeux ne voient pas la lumière
Les indics trouvent des excuses pour enregistrer / poser plus que nous, laissez nous servir nos clients right now
Five side killer
I’m on the game
Et toi finis la suite
Pois chiche, raisins secs et pignons, mourrez tous sans distinction (l’expression tunisienne « 7oms w zbib » litt. pois chiche et raisins secs, désigne un mélange hétérogène de personnes)
Même avec une misérable carabine, je finis le morceau en une nuit
Tac tac, sans tarder
Un quart d’heure montre en main
Rak tak, à profusion
Le cerveau aéré on dirait un Hayabusa
Sans carénage
Toujours avec un cône (joint)
Des fusées volent comme dans Crash (fusée en argot tunisien veut dire joint)
Toujours défoncé, jamais sobre
Toujours incliné comme un slash
Peu importe combien tu essaies, tu n’es pas real gangsta comme El Bachech
N’abuse pas et ne t’éternise pas
Propre mais je recule pas en plein milieu de l’assemblée
Toujours rien à foutre, comme un semi sans klaxon
Mon cerveau surchauffe et je n’ai pas de bide car je ne suis pas casé
Même malade enrhumé je ne reste pas au lit
Et même si tu ne piges rien au rap, n’entre pas en trance
El baga a tourné au coin de notre rue (El baga, terme tunisien désignant la fourognnette de la police connue pour embarquer les personnes arrêtées)
Tu vois la peur dans leurs yeux, on dirait ils ont vu Iblis (le diable)
Dans le quartier des braquages, fais voir que j’essaie
La propreté, juste dans le look, on joue le jeu
La police technique prend des photos, on fait la pose CHEESE
Un joint, un Fanta et je sucre avec des brownies
Je raconte l’histoire telle quelle, pas de vice
Les cons veulent que je sois no peace
Que dieu les maudisse eux et Iblis ennzis (litt. l’impur)

2 commentaires sur « [SON007] Tra Nguis / Naqqa »

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