[SON002] Nafs El 7aga / El Joker

Egypte, Février 2014

Là on a de la bonne pépite égyptienne 🇪🇬

Prenez le pays de Oum Kalthoum et de Abdel Halim Hafez au lendemain de la Révolution de 2011, puis de la présidence de Mohamed Morsi issu des rangs des Frères Musulmans qui a débuté le 30 juin 2012 et a pris fin avec le coup d’Etat militaire du 3 juillet 2013. Pendant qu’un certain Adil Mansour reprend officiellement la présidence par interim, Abdel Fattah Al Sissi la famille (-on est dans un groupe de Rap ou bien?-) est promu maréchal le 27 janvier 2014, là il se dit c’est bon je suis au max donc vous savez quoi, je vais démissionner du Commandement Général des Forces Armées; l’Armée dit ok pour démissionner mais présente toi aux élections présidentielles de mai 2014 parce que même si de facto tu dirigeais déjà le pays depuis le coup d’Etat, ce serait cool que tu scores un bon 96% de voix bien crédible.

Pourquoi je raconte tout ça? Pas seulement pour vous montrer que je sais faire des copier-coller de Wikipedia, mais aussi pour planter le décor et comprendre dans quel état d’esprit se trouve notre rappeur El Joker qui a 22 ans lorsqu’il sort ce son en février 2014.

Indice: il est survolté.
Il envoie du lourd en matière de références biblico-coraniques et politiques et, son style est imagé et fin, comme il le dit lui même dans le dernier couplet : “elle sait pourquoi la plus simple de mes phrases est complexe”.

Nafs El 7aga (qui veut dire “la même chose”) est une déclaration passionnée que fait El Joker à sa princesse Egypte, cette chanson décrit le rapport amour-haine qu’il a pour son pays: “la haine de l’amour que j’ai pour toi est telle un billet retour vers moi / et l’amour que j’ai pour toi est en fait le désir d’une chose morte en moi”.
L’Egypte qu’il a l’air d’aimer c’est celle du peuple qu’il interpelle tantôt avec un “tu” ou dont il parle à la troisième personne avec un “elle”. L’Egypte qu’il déteste c’est celle de l’armée et des militaires qu’il nomme avec un “ils”.
D’où cette tension permanente tout au long du son.

El Joker est “accro au souffle de sa bien-aimée qui l’emmène dans un trip bien plus lointain que ne l’aurait fait un rail de drogue”, il est même prêt “à brûler seul dans la cité car il a promis à sa princesse qu’il ne l’abandonnerait pas”. Et “si ces mots ne te suffisent pas, va donc écouter celui qui a chanté /  la chanson “Teslam El Ayadi”, en gros si madame n’est pas séduite par une déclaration aussi franche, qu’elle aille écouter “Teslam El Ayadi” qui est un chant pro-Sissi sorti en juillet 2013 en l’honneur de l’armée égyptienne. En tout cas, il ne compte pas pactiser avec les militaires, il n’entend pas voter alors que le jeu est biaisé.

Les punchline que je kiffe

  • [3achan la9it Sa3adti / Fi inni bas9ikou al 9oub7 wa al barka fi si7r me3la9a]: “j’ai trouvé mon bonheur / dans vous faire boire l’amertume avec la magie de ma cuillère”. Il insinue que ses paroles et sa musique sont telles une potion magique qui se boit à la petite cuillère et qui permet à ceux qui la boivent (ie. écouter sa musique) d’ouvrir les yeux sur la dureté et l’amertume de la réalité
  • [Latekh bcharat RAB4A sourat Al-Sissi raiss li masr]: “badigeonne l’image de la RAB4A par la photo du président Al-Sissi”.
    📖 Le signe R4BIA a émergé après août 2014 auprès des militants anti-armée et pro-Morsi et pro Frères musulmans, suite au dispersement par l’armée égyptienne d’un sit-in de 40 jours qui a été tenu place Rabaa Al Adawiya dans la ville de Nasr initialement pour fêter un an de présidence de Morsi, Human Right Watch a dénombré plus de 1150 manifestants tués lors de ce dispersement. L’idée qu’El Joker semble faire passer ici avec cette image d’une photo qui en barbouille une autre serait celle de la répression des anti-armée par l’armée
Le signe R4BIA
  • [Ad dib maklach mad8abi, chamou al wara9 ta3rafou / bi imane Yacoub istawou mach ma7tajkoum tatsarafou]: “le loup n’a pas mangé mon idéologie, sentez mes feuilles pour le savoir / attendez tel Yacoub avec sa foi, je n’ai pas besoin que vous agissiez”.
    📖Ces deux dernières phrases font référence à l’histoire du prophète Youssef (Joseph) et de son père Yacoub (Jacob) dans la tradition islamique: Youssef était particulièrement aimé par son père Yacoub, car ce dernier avait vu en lui le futur prophète, ses 10 frères étaient jaloux de Youssef et l’ont abandonné dans un puit faisant croire à leur père que Youssef avait été dévoré par un loup. Mais Yacoub n’était pas dupe, il avait compris le mensonge de ses fils en sentant le tissu qui soit disant prouvait la mort de Youssef. Pour autant, dévasté par cette nouvelle, Yacoub pleurait tellement la perte de son fils qu’il en est devenu aveugle. C’est après avoir patienté plus d’une dizaine d’années plus tard qu’il allait le retrouver en traversant l’Egypte

Tentative de traduction (et interprétation des paroles)

قلتهالك قبل كده اللى بيننا ده اسمه زنى
عمرى ما اقتنعت إن قوضتك عش حبنا
بدنـدن الحقيقة المرة سدى ودنك واهربى
عمر ما فقد شخص يهز شعرة فى منطوى

تملى أقول الحق عشان لقيت سعادتى
فى إنى بسقيكوا القبح والبركة فى سحر معلقتى
كرة حبى ليكى تذكرة رجوعى ليا
وحبى ليكى كان حنين لحاجة ماتت فيا




كداب … حبيتها بس كرهت كونك مش قوى
لولا إنك ادمنت نفسها كان زمانك بودرجى
وأهى بعدت أبعد من أبعد حباية بى فى السطر
لطخ بشارة رابعة صورة السيسى رئيس لمص



لو مش قد الكلام ده أسمع اللى غنى
غنوة تسلم الأيادى لكونها أجلت إدماننا
بضيف حقيقة لكدبهم سخريةً من واقعهم
مش همضى كطرف تانى وعـ الطرف الأول توقيعه









سة – ايه موضوع كلامى – ده كل اللى شاغل بالك ؟
لسة مفهمتش إن كل حاجة نفس الحاجة ؟
لسة بتسأل لية جوكر مش من نجوم الشاشة ؟
لسة مفهمتش إنى لوحدى بحاربهم عشانك ؟

لو موتتى مش هدفنك هفضل طول عمرى اكتبك
بتحدى طبيعة ما بعد الموت … مش هتتحللى
سيبيهم يتهمونى بالجنون مبيؤلمنيش كلامهم
هو المجنون مبيفهموش ناس قدر يفهمهم ؟

فى نارهم مش هتحرق أبص لأصنامهم تتفلق
لو محلش الطوفان ده مش معناه إن محدش غرق
الذئب مكلش مذهبى شموا الورق تعرفوا
بإيمان يعقوب استنوا مش محتاجكوا تتصرفوا












و عين اللى بيسمعنا مش هتلمح أى معنى
كانت عين المار – عمق البير- عن شوف يوسف منعها
كان لازم قارى ودارس يبقوا غلاف منتج موهبة
قصص مش شبة بعض لنفس الجرح … فاهم كده ؟


بدقق أكتر .. وأفكر .. فعايش أبطئ
هى عارفة ليه أبسط سطورى معقد
سيبوا المدينة تتحرق وأنا لوحدى اللى فيها
مش هقدر أمشى منها مدى كلمة للأميرة

Je t’ai déjà dit avant que ce qu’il y a entre nous c’est de l’adultère
Je n’ai jamais été convaincu que ta chambre serait notre nid d’amour
Je te fredonne à l’oreille la réalité amère, ferme tes oreilles et enfuis toi
Aucun introverti n’a jamais été affecté par la perte d’une personne

Je dis toujours la vérité parce que j’ai trouvé mon bonheur
Dans vous faire boire l’amertume à travers la magie de ma cuillère (ses paroles et sa musique sont telles une potion magique qui se boit à la petite cuillère et qui ouvre les yeux sur la dureté et l’amertume de la réalité)
La haine de l’amour que j’ai pour toi est telle un billet retour vers moi
Et l’amour que j’ai pour toi était en fait le désir pour quelque chose qui est morte en moi

Menteur… Tu l’as aimée mais tu as détesté le fait que tu ne sois pas fort
Si tu n’avais pas été accro à son souffle, il y a bien longtemps que tu aurais été un drogué
Et maintenant elle va plus loin que là où peut t’emmener un rail de pilule B
Badigeonne l’image R4BIA avec la photo de Al Sissi président de l’Egypte

Si ces mots ne te suffisent pas, va donc écouter celui qui a chanté
La chanson “Teslam El Ayadi” qui a reporté notre addiction (il s’agit d’une chanson pro-Sissi sortie en juillet 2013 en l’honneur de l’armée égyptienne)
Je moque leur réalité en ajoutant de la vérité à leurs mensonges
Je ne vais pas signer en tant que seconde partie alors que leur signature est là en tant que première partie (ce que je comprends c’est qu’il fait allusion à un contrat entre deux parties qu’il refuse de signer car l’armée l’a déjà signé, ce qui peut vouloir dire qu’il ne compte pas aller voter dans une situation biaisée par l’armée)

[Refrain]
Et pourtant la seule chose qui te préoccupe c’est de comprendre mes mots?
Tu n’as donc toujours pas compris que toutes les choses sont la même chose?
Tu te demandes encore pourquoi El Joker n’est pas une Star de la télé?
Tu n’as donc toujours pas compris que je me bats seul contre eux pour toi?

Si tu meurs, je ne vais pas t’enterrer, je vais passer ma vie à écrire sur toi
Je défie ce qu’il y a après la mort… tu ne vas pas te décomposer
Qu’ils me traitent de fou, leurs mots ne me blessent pas
Puisqu’un fou qu’ils ne comprennent pas serait capable de les comprendre?

Je ne vais pas brûler dans leurs flammes, je regarde leurs idoles aller au diable (le mot “asnam”//idoles fait références aux statues des divinités pré-islamiques qui étaient détruites avec l’avènement de l’islam)
Ce n’est pas parce que l’inondation n’est pas arrivée jusqu’à nous, que personne ne s’est noyé
Le loup n’a pas mangé mon idéologie, sentez les papiers pour vous en assurer
Attendez avec la foi de Jacob, je n’ai pas besoin que vous agissiez 
(Ces deux dernières phrases font référence à l’histoire du prophète Youssef (Joseph) et de son père Yacoub (Jacob) dans la tradition islamique: Youssef était particulièrement aimé par son père Yacoub, car ce dernier avait vu en lui le futur prophète, ses 10 frères étaient jaloux de Youssef et l’ont abandonné dans un puit faisant croire à leur père que Youssef avait été dévoré par un loup. Mais Yacoub n’était pas dupe, il avait compris le mensonge de ses fils en sentant le tissu qui soit disant prouvait la mort de Youssef. Pour autant, dévasté par cette nouvelle, Yacoub pleurait tellement la perte de son fils qu’il en est devenu aveugle. C’est après avoir patienté plus d’une dizaine d’années plus tard qu’il allait le retrouver en traversant l’Egypte) 

Et l’oeil de celui qui nous écoute ne comprendra rien
Et l’oeil du passant ne pouvait pas voir Youssef à travers la profondeur du puit
La lecture et les études constituent un emballage pour le produit talent 
Des histoires qui ne se ressemblent pas mais qui racontent la même plaie…est-ce que tu comprends mieux?

J’observe de plus en plus… et je réfléchis…et la vie passe plus lentement
Elle sait pourquoi la plus simple de mes phrases est complexe
Laissez moi seul dans la cité qui brûle
Je ne peux pas en partir, j’ai donné ma parole à la princesse
(En gros, je ne peux pas abandonner la princesse Egypte même si tout va mal car je lui ai promis que je resterai avec elle quoiqu’il arrive)


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